Le 28 septembre 2009, la Guinée a connu l’un des moments les plus sombres de son histoire. Un stade qui se transforme en terrain de massacre.
Ce jour là stade des dizaines de milliers de personnes se rassemblent, drapeaux et pancartes en main, pour dire non à une éventuelle candidature du capitaine Moussa Dadis Camara, chef de la junte militaire au pouvoir. Mais la manifestation pacifique va se transformer en cauchemar.
Une mobilisation inédite!
Ce lundi, l’opposition et la société civile avaient lancé un appel à manifester. Dans les tribunes et sur la pelouse du stade du 28-Septembre, hommes, femmes et jeunes scandent des slogans contre la dérive autoritaire du régime. Les leaders politiques, dont Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, sont présents. L’atmosphère est tendue mais festive, les Guinéens venus de tous horizons se sentent portés par un souffle de liberté.
Aux alentours de midi, tout bascule. Des camions militaires encerclent le stade. Des membres de la garde présidentielle, des policiers et des soldats pénètrent dans l’enceinte. Les manifestants croient d’abord à une opération d’intimidation. Mais soudain, les premières rafales retentissent. Panique générale. Des hommes en uniforme tirent à balles réelles, frappent à la machette, pourchassent les fuyards.
Les portes sont bloquées. Dans la cohue, des centaines de personnes sont écrasées, piétinées. Des témoins racontent avoir vu des corps s’entasser dans les couloirs. « C’était comme si la mort s’était abattue sur nous », confiera plus tard une survivante.
Des violences d’une brutalité inouïe
Les exactions ne s’arrêtent pas aux tirs. De nombreuses femmes sont publiquement violées sur la pelouse et dans les gradins. Certaines sont humiliées avec une barbarie indescriptible. Les leaders politiques de l’opposition sont brutalement arrêtés, certains blessés grièvement.
Selon des organisations de défense des droits humains, au moins 157 personnes ont été tuées ce jour-là, plus d’un millier blessées, et des dizaines portées disparues. Les familles cherchent encore les corps de leurs proches, disparus dans des charniers présumés.
Une émotion internationale
Le massacre provoque une onde de choc en Guinée et au-delà. L’Union africaine, l’ONU, la CEDEAO et les puissances occidentales condamnent fermement la répression. Amnesty International et Human Rights Watch parlent d’un crime planifié. À Conakry, la population est sous le choc, terrorisée par la brutalité de ses propres forces armées.
Treize ans d’attente pour la justice
Il faudra plus de dix ans pour que la justice guinéenne ouvre un procès. En septembre 2022, l’audience s’ouvre à Conakry, qualifiée d’« historique » par les victimes. Moussa Dadis Camara, Claude Pivi et plusieurs autres hauts gradés sont sur le banc des accusés.
Le 31 juillet 2024, le verdict tombe : Dadis Camara est reconnu coupable de crimes contre l’humanité et condamné à 20 ans de prison. Certains de ses co-accusés écopent de la perpétuité. Un moment salué par les victimes comme une victoire contre l’impunité.

Une mémoire encore vive
Seize ans après les faits, le massacre du 28 septembre reste une plaie béante dans la mémoire guinéenne. Chaque année, des cérémonies commémoratives sont organisées au stade. Pour beaucoup de familles, la douleur demeure, car toutes les vérités n’ont pas encore été dites.
Le plus choquant reste la grace accordée au capitaine Moussa Dadis Camara pourtant porte étendard d’une génération de sanguinaires.