Kouroussa : le personnel de l’hôpital dit un « non catégorique » au Dr Demba Mara

0

L’hôpital préfectoral de Kouroussa traverse une vive tension sociale. Ce lundi 15 décembre, médecins, infirmiers et agents administratifs sont descendus massivement dans les rues pour exprimer leur opposition ferme à un éventuel retour du Dr Demba Mara, ancien directeur de l’établissement sanitaire.

 

Munis de pancartes et scandant des slogans explicites tels que « L’hôpital préfectoral de Kouroussa dit non à Demba Mara », « Nous ne voulons plus de lui ni de sa collaboration » ou encore « Nous ne voulons plus d’un docteur qui détourne », les manifestants ont parcouru la préfecture, la Direction préfectorale de la santé (DPS), la commune urbaine et le vestibule de l’hôpital.

Mme Nantenin Condé, agente au service de la maternité, résume le ras-le-bol général du personnel :

« Cela fait plus de deux ans que nous travaillons dans la souffrance. Certains ont même reçu des menaces, nous disant que si nous manifestions, le Dr Demba Mara serait réinstallé de force, avec des représailles à la clé. Nous voulons travailler avec quelqu’un qui respecte le personnel et instaure la paix. Nous ne voulons plus travailler avec lui ».

De son côté, Dr Béa, chargé de l’hygiène hospitalière, décrit un climat social devenu insoutenable :

« Depuis près de deux ans, jamais le personnel ne s’était mobilisé. Cette fois, c’est la première. Oui, il a introduit la digitalisation et relancé la construction de l’hôpital, mais cela ne compense pas les abus ».

Selon lui, le climat de travail sous la direction du Dr Mara était profondément délétère :

 » Il y a eu des injures publiques envers le personnel. En réunion, il a tenu des propos comme : “quand je parle, on ferme la gueule”, devant des pères et mères de famille. Il a divisé le personnel et créé une injustice sociale profonde ».

Le personnel accuse également l’ancien directeur de graves manquements dans la gestion financière et administrative de l’hôpital :

« Il affirmait qu’aucune subvention n’avait été reçue, alors que les rapports annuels montrent le contraire. Huit agents contractuels ont été poussés à la démission, six mutés, huit titulaires ont demandé leur mutation, et 30 à 40 stagiaires ont quitté l’hôpital à cause de la pression et de la mauvaise gestion ».

Toujours selon Dr Béa, la gestion des ressources de l’établissement manquait de transparence :

« Les recettes issues de la digitalisation, les fonds de Santé Intégrée et les subventions ne sont pas clairement tracées. Nous ne savons pas où ces ressources ont été orientées. Nous avons découvert des cas de détournement concernant des ambulances et des groupes électrogènes. Les magasins de l’hôpital ont été vidés durant sa gestion. Une inspection indépendante pourrait éclairer l’opinion sur ce qui s’est réellement passé pendant ces deux années ».

Les conséquences financières seraient lourdes pour l’hôpital :

« Après son départ, nous avons découvert des factures impayées de partenaires pharmaceutiques. Des produits auraient été commandés et payés, mais jamais livrés. À ce jour, la dette connue dépasse 600 millions de francs guinéens ».

À Kouroussa, le personnel de l’hôpital préfectoral affiche une détermination sans faille. À travers cette mobilisation, il revendique un environnement de travail respectueux, transparent et sécurisé. L’éventualité d’un retour du Dr Demba Mara apparaît désormais fortement compromise, sauf intervention des autorités compétentes pour rétablir la confiance et faire toute la lumière sur la gestion passée.

 

Kadija Kolou Condé

Leave A Reply

Your email address will not be published.